« 20 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 133-134], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9421, page consultée le 25 janvier 2026.
20 juillet [1839], samedi matin [11 ?] h. ½
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon beau petit SAINT, car vous savez, mon amour, que c’est la veille qu’on la souhaite d’après l’ancienne tradition1. Cependant j’ai cru entrevoir
que vous dérogerez à cette habitude en faveur du dimanche et des petits goistapioux qui en font partie. J’en serai quitte
pour vous la souhaiter deux fois, ce qui ne m’effraie pas. Ce qui me contrarie, c’est
que je n’aurai pas même un pauvre petit bouquet de rien du tout. Je suis obligéea de me servir de mon amour toujours et à
toute occasion, mais si cela ne l’use pas, ça a du moins l’inconvénient d’être
monotone pour celui à qui je donne toujours la même chose. Pourtant, mon cher adoré,
j’ai l’âme toute en fleurs2 et tu peux cueillir indistinctement toutes mes pensées, elles ont toutes le
parfum de l’amour qui remplit ma vie. J’ai à peine eu le temps de te voir hier, mon
adoré, tu travaillais et je souffrais, deux vilains boisseaux mis sur la flamme de
l’amour. Aujourd’hui je vais mieux et si tu n’étais pas si préoccupéb, je t’aurais prié de tenir ta
promesse en me menant dîner quelque part car ta fête si désirée et si aimée se passera
encore solitairement pour moi. Enfin, mon bel ange, ne te fâchec pas si je prêche toujours pour TON
SAINT, et pense que si les occasions de fête sont rares, la faculté de la chômer l’est
encore davantage.
Baise-moi mon Toto. Pense à moi et viens me voir deux fois
plus vite aujourd’hui, car j’ai mis tous mes plus beaux baisers et toutes mes plus
tendres caresses en ifs et en GUIRLANDES. Je vous attends pour le feu d’artifice.
Juliette
1 Le 21 juillet [1839] est la fête de Saint Victor.
2 « L’Âme en fleur » sera le titre du Livre II des Contemplations.
a « obligé ».
b « préocupé ».
c « fâches ».
« 20 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 135-136], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9421, page consultée le 25 janvier 2026.
20 juillet [1839], samedi soir, 7 h. ½
Voici seulement que Mme Pierceau rentre, mon Toto, et j’en profite aussitôt pour te donner le trop plein de mes pensées et de mon cœur. Je t’aime mon cher petit Toto, je t’aime. J’ai lu tes quatre admirables vers à la mère Pierceau ainsi que ta réponse, elle a été comme moi ravie et transportée. Pauvre femme, elle te comprend bien et je l’en aime davantage. Comme elle est malade aujourd’hui tu serais doublement bien venu en venant me prendre de très bonne heure. Elle y gagnerait quelque moment de repos de plus et moi le bonheur de te voir plus tôta. J’ai fait acheter du papier puisqu’il n’y en avait plus et que j’avais oublié d’en apporter de chez moi. Oh ! Dieu que j’aurais voulu pouvoir dîner avec toi ce soir, mais les fêtes sont toujours des jours tristes pour moi et je m’attends à pleurer demain. Ainsi, mon Toto, ne te fâcheb pas si mon pressentiment se réalise. Cependant pour n’avoir rien à me reprocherc je prie Mme Pierceau de venir demain faire une ORGIE à l’occasion de la Saint Victor qui a plus d’un tortd. Je ne les énumère pas car ce serait trop long. Baisez-moi. On ne peut donc pas rire avec vous ? Ah ! bien c’est gentil. Vous êtes mon petit homme. Oh ! je t’aime, toi. Si j’ai mon petit portrait demain et s’il est seulement un peu ressemblant, je ne pleurerai pas, au contraire je crierai : quel bonheur ! Vive Toto !!!!e
Juliette
a « plutôt ».
b « fâches ».
c « repprocher ».
d Dans la disposition de la lettre, Juliette joue sur la rime « Victor / tort ».
e Les quatre points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
